Lunettes ACCOS: Attention Concentration Contrôle de Soi
Remarques et directives à propos du traitement avec des stimulants pour le trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
par le Dr. M. Ryffel, Mécin FMH - enfants/adolescents , Münchenbuchsee
Depuis une décennie, nous connaissons l’efficacité des stimulants pour le traitement des enfants qui sont touchés par le trouble du déficit d'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Bien que cette thérapie ait été décrite en 1937 déjà et que depuis ce temps-là des millions de personnes concernées à travers le monde ont été traitées avec succès, le scepticisme mais aussi la méconnaissance de cette médication sont toujours aussi grands. Qui aurait le cœur à mettre au pas un enfant turbulent, qui accepterait volontiers d’avaler pendant des années des médicaments controversés, lesquels, d’après une croyance largement répandue depuis longtemps, amèneraient une dépendance ?
Néanmoins un changement conséquent a pu être observé ces dernières années : on reconnaît maintenant qu’une indication juste et un dosage adapté à chaque individu permet d’aider de nombreux enfants concernés mais aussi des adolescents et des adultes. Au dernier Symposium de psychiatrie infantile à Berne (automne 1998) il a été admis que le fait de ne pas prescrire de médicaments (même en temps qu’expérience !) à des patients souffrant de TDAH relève aujourd’hui d’une faute médicale, ce qui a été constaté lors d’expériences et renforcé par le regard critique de personnes ayant été concernées par ce trouble. Le but n’est jamais de transformer un enfant turbulent en enfant calme, ni de pousser un enfant peu performant vers de meilleurs résultats, mais bien de donner la possibilité à un enfant touché par le TDAH de développer ses capacités, son potentiel et sa perception (traitement de l’information dans son sens le plus large) afin de lui permettre de se sentir comme tous les autres enfants. La mise à l’écart chronique de toute possibilité de réussite doit être évitée, les capacités relationnelles doivent être éveillées, l’enfant doit pouvoir se préparer de manière optimale pour sa vie future et acquérir une bonne estime de soi.
Durant ces dernières années, d’intéressantes recherches au sujet du TDAH ont été réalisées aux USA surtout. Celles-ci nous ont permis de comprendre la cause probable de cette "autre fonction du cerveau" et les effets des médicaments employés. D’après les connaissances actuelles, ces médicaments normalisent la fonction des médiateurs chimiques (neurotransmetteurs) vers les synapses (régions de contact entre deux neurones) qui seraient trop courtes et par conséquent insuffisantes pour assurer leur fonction chez les personnes souffrant de TDAH. Nous savons par ailleurs que cette insuffisance fonctionnelle s’observe surtout dans les régions du cerveau qui régulent les fonctions de l’attention et du contrôle de soi, c’est-à-dire les mécanismes de régulations fondamentaux. Puisque ces médicaments rehaussent une activité synaptique insuffisante vers un niveau normal, on les appelle stimulants.
De nombreuses études scientifiques ont démontré les résultats positifs et l’absence d’effets secondaires significatifs de ces médicaments. Aux USA on dit souvent : "Ritalin is as safe as Aspirin". Depuis des années, la pratique montre qu'il n'existe aucune dépendance au traitement médicamenteux de la TDAH, aussi bien durant la puberté qu'à l'âge adulte. En réalité des indices suggèrent que des patients TDAH traités par la thérapie psychostimulante se soustraient à des problèmes importants de drogues et d'alcoolisme.
Le but de la thérapie va dans le sens d'une paire de lunettes, les lunettes ACCOS qui améliorent l'attention, la concentration et le contrôle de soi pour que les informations diverses puissent être entendues, enregistrés et traitées de manière plus précise. De cette façon la mémoire à court terme travaille plus précisément et plus rapidement, le savoir peut être rappelé plus rapidement de la mémoire à long terme et une action peut être planifiée de manière optimale.
Un résumé de plusieurs études significatives (appelées méta-analyses) réalisées par la Société américaine de Psychiatrie infantile (AACAP) a démontré en 1997 les effets positifs suivants pour le traitement médicamenteux:
Hyperactivité motrice: - se "normalise"
- disparition de différentes gênes pour autrui (paroles, bruits et dérangements excessifs)
- amélioration de l'écriture (graphisme)
- amélioration de la motricité fine
Effets sociaux: - reste concentré sur son travail
- meilleurs comportements de jeux (il s'occupe de manière autonome)
- moins de conflits et moins de frustrations
- comportement calme et approprié aux circonstances
- meilleure intégration dans les jeux et le sport
- meilleure acceptation de la part des autres enfants
- comportements moins agressifs et moins provocateurs
- amélioration de la relation parent-enfant, le climat familial se détend
- changement de la perception de la part de enseignants et des parents: ils le perçoivent de façon positive
Améliorations cognitives: - moins distrait
- amélioration de l'attention, surtout lors de travaux relativement monotones
- amélioration de la mémoire à court terme
- disparition des actes impulsifs: il réfléchit avant
- meilleur rappel de ses pensées (informations enregistrées)
- rendement de travail plus grand
- travail plus précis
Naturellement ces améliorations n'interviennent pas dans chaque cas et se distinguent de manière disparate. Plus la thérapie intervient tard, plus il sera difficile d'améliorer le répertoire comportemental intégré par l'enfant et les déficits que cela implique. Bien sûr, les connaissances et le savoir non intégrés jusque-là ne pourront être rappelés par aucune médication…
Surtout la construction d'une estime de soi saine demande du temps, de la patience et beaucoup de compréhension de la part des personnes en relation avec l'enfant.
Il est cependant surprenant de voir à quelle vitesse des indices d'amélioration surgissent dès qu'une thérapie prometteuse est mise en place: dès qu'un dosage correct est atteint, l'enfant se sent lui-même (subjectivement) plus calme et concentré. Objectivement les troubles moteurs s'amenuisent, l'enfant rêveur et peu actif apparaît plus réveillé, l'attention et la concentration s'améliorent, l'enfant est moins sujet à être distrait, son écriture et ses dessins ont l'air plus maîtrisés, une meilleure coordination est tout de suite remarquée par les enseignants de sport et de musique et les compétences sociales de l'enfant sont plus appropriées.
+ Les lunettes ACCOS augmentent donc les capacités sociales et cognitives, mais le responsable de ces changements reste toujours le porteur de lunettes!
L'appréciation des améliorations par différentes personnes en relation avec l'enfant est très importante, mais plus importante encore est l'estime de lui-même par l'enfant. Un enfant qui rejette son traitement dans la phase d'essai doit toujours être pris au sérieux.
Les effets des stimulants sont différents d'une personne à l'autre, le traitement est très individualisé et par conséquent des sous- ou des surdosages peuvent intervenir lorsque cet état de fait n'est pas pris en considération. La dose optimale ne peut pas être prédite à l'avance puisque celle-ci dépend de l'âge, du poids et de la gravité du trouble. Dans un certain sens on peut comparer ce dosage aux besoins différenciés d'insuline chez les personnes diabétiques.
Dès qu'un traitement médicamenteux est envisagé, deux questions doivent être posées dans la phase préparatoire:
- Quelle dose permet la normalisation souhaitée?
- Combien de temps persiste cet effet?
- De manière pratique, cela veut dire que dès le début et ceci pendant 3-4 jours, de petites doses seront ingérées le matin après le petit déjeuner; ceci pour permettre une évaluation des effets. Puisque les enfants sont habituellement à l'école le matin, cette observation se fait plutôt par l'enseignant. L'expérience montre que celle-ci est plus objective lorsque l'enseignant ne sait pas que l'enfant prend un médicament. Souvent l'enfant remarque lui-même qu'il peut mieux se concentrer; les notes peuvent s'améliorer et l'écriture change de manière positive. En règle générale, la dose va être augmentée peu à peu chaque 3-4 jours jusqu'aux effets escomptés. La dose correcte doit fixée individuellement. Par expérience, nous savons que la dose peut varier jusqu'à 20 fois ( un enfant peut avoir besoin de 2,5 mg de Ritaline, un autre de 50 mg par dose).
+ Comme chez l'opticien, les lunettes ACCOS doivent être adaptées individuellement!
- La durée de l'effet est elle aussi très variable et peut aller de 3 à 8 heures. Par conséquent les stimulants doivent être donnés parfois plusieurs fois par jour. Comme un médicament pour asthmatique, leur effet est limité dans le temps et un taux sanguin ne peut pas être mesuré.
+ Les lunettes ACCOS n'ont d'effet que si elles sont portées, donc quand le médicament est pris régulièrement et de façon répartie durant la journée!
Un retour téléphonique vers le médecin traitant – au minimum hebdomadaire – et un contact avec un maximum de personnes en relation avec l'enfant sont incontournables dans la phase de mise en place du traitement!
A partir du moment où la durée d'action des doses est connue, des doses supplémentaires peuvent être données. Celles-ci contiennent la plupart du temps environ ²/3 de la dose de départ. Le traitement durant toute la phase de veille (jour) a fait ses preuves non seulement chez les enfants avec une symptomatique prononcée mais aussi chez les adolescents et les adultes. D'après de larges expériences faites en Allemagne au cours des dernières années, ce traitement était annoncé comme pouvant vraiment amener une amélioration et même un "rétablissement" du dérèglement du métabolisme; ces affirmations restent toutefois ouvertes et sont probablement trop optimistes. Néanmoins il apparaît qu'une normalisation continue des fonctions de l'attention et de la perception rend non seulement possible l'apprentissage des schémas de comportements sociaux, des processus d'apprentissage et la mémorisation de ces processus, mais encore mène à une augmentation des liaisons entre les cellules du cerveau.
+ Il vaut donc la peine de porter les lunettes ACCOS toute la journée! La durée de traitement est en général de plusieurs années!
Effets secondaires:
- Une diminution de l'appétit est courante et dans certain cas elle est très prononcée au début. Très souvent certains aliments et surtout les sucreries sont d'un jour à l'autre rejetés. De même, le plat principal auparavant à midi, devient celui du soir. Une prise d'alimentation forcée est déconseillée.
- Des problèmes de sommeil – surtout lorsque des problèmes d'endormissement sont déjà présents – peuvent être renforcés. Cependant dans certains cas l'endormissement peut s'améliorer de manière significative grâce à une dose du soir, qui parfois doit être combinée avec un autre médicament TDAH.
- Des maux de ventre et d'estomac sont éventuellement observés, mais disparaissent souvent ou diminuent par le changement du médicament ou par une plus grande quantité de nourriture lors de l'absorption du médicament.
- D'autre effets secondaires sont possibles mais rares. Dans de rares cas, lors d'une forte diminution de l'appétit un ralentissement temporaire de la croissance est possible. Généralement chez l'enfant TDAH, l'entrée dans la puberté est de toute manière retardée.
Problèmes spécifiques:
- Phénomène de rebond. Lorsque les effets d'une médication appropriée diminuent rapidement, il apparaît chez certains enfants un renforcement des symptômes. Par exemple un enfant peut apparaître concentré à l'école mais revenir à la maison à midi complètement excité. Des parents non-informés pourraient alors croire que la médication ne sert à rien. Une aide peut être amenée par la prise d'un deuxième médicament juste avant de revenir à la maison ou l'emploi de doses ayant des effets plus longs.
- Surdosage. Généralement chez les patients qui débutent avec de petites doses augmentées petit à petit, le surdosage est rarement observé. Cependant chez certains individus, la marge entre effets positifs et surdosage est très mince. Le dosage individuel optimal peut être atteint dans ces cas-là au moyen de gouttes par exemple. Quand la dose est trop élevée, l'enfant apparaît trop calme voire apathique et presque dépressif ; mais certains enfants deviennent excités et irritables. Subjectivement un emballement des pulsations et un excès de transpiration peut être observé, le regard de l'enfant change et il "ne se sent pas bien dans sa peau". Tous ces symptômes de surdosage disparaissent en un temps très court. Des intoxications n'ont jamais été observées.
- Dépendance. Les médias et les soi-disant experts en dépendances mettent encore et toujours en garde les gens face au danger de développer une dépendance aux stimulants. Ceci peut être exclu avec certitude sur la base des connaissances actuelles au sujet des conséquences neurobiologiques du TDAH et de l'emploi de cette médication à grande échelle aux USA. Au contraire: de plus en plus d'expériences montrent que des adolescents TDAH non-traités courent un plus grand risque de développer un problème de dépendance, que ce soit dans le cadre d'une fausse automédication ou réactivement lors d'un sentiment d'estime de soi très bas. Lorsque les stimulants sont en revanche pris comme moyen dopant ou comme moyen d'encouragement dans des situations de stress (c'est-à-dire lorsqu'il y a sur-stimulation du système neurotransmetteur), le risque de dépendance est important. C'est pourquoi les stimulants ne devraient être utilisés que par les personnes souffrant de TDAH et contraints à une prescription médicale stricte.
Les médicaments sont donnés en général pour 4 à 6 semaines et un compte-rendu du traitement est obligatoire.
Médicaments utilisés:
- Ritaline (méthylphénidate). Ce médicament est le plus employé, en Suisse il existe une tablette de 10mg. En général 2,5-5 mg (¼ - ½ tablette) sont donnés au début, avec une augmentation tous les 3-4- jours de 2,5 mg. Dans des situations particulières, une solution en gouttes de 1% peut être utilisée (5 gouttes = 2,5 mg; 20 gouttes = 10 mg = 1 tablette). La préparation Ritaline SR à effet 'une solution de 20 mg et son effet a en général une durée 2 fois supérieure à celle de la tablette normale. Il existe cependant de grosses variations individuelles. Très souvent cette forme retard a un effet "plus physiologique", c'est-à-dire que l'effet commence plus lentement et diminue moins vite (aucun effet de rebond). Il arrive très souvent que la Ritaline doit être combinée avec la Ritaline SR afin d'obtenir la dose individuelle correcte.
- Dexamine (d-amphétamine). Aux USA de telles préparations aux amphétamines sont surtout utilisées pour de petits enfants (dès 3 ans!). En Suisse la Dexamine est considérée par l'OICM comme un coupe-faim et n'est pas autorisé pour les enfants. Chez les patients TDAH, la Dexamine a les mêmes effets que la Ritaline, néanmoins sa durée d'action est en règle générale plus longue. Le sirop Dexamine permet également un bon dosage individuel (2,5 ml = 1 tablette de 5 mg). Au début 0,5 mg, puis petit à petit tous les 3-4 jours 0,5 mg de plus sont donnés.
De nombreux enfants réagissent bien à la Ritaline ainsi qu'à la Dexamine, mais avec parfois des différences entre les deux médicaments qui ne peuvent pas être prédites à l'avance. Des essais démontreront donc lequel des deux est le plus approprié pour chaque individu.
- Tryptizol, Tofranil. Ces (anciens) antidépresseurs appelés tricycliques (c'est-à-dire des médicaments utilisés surtout pour des patients dépressifs) ont montré de bons résultats chez des patients TDAH en combinaison avec des stimulants, surtout chez les patients souffrant de problèmes d'impulsivité et d'endormissement. Ils facilitent l'apparition du sommeil et un meilleur réveil. Ces médicaments peuvent produire lors de surdosage des intoxications à prendre en considération.
- Efexor (venlafaxine) montre de bons résultats chez les adultes. Chez les enfants, il manque encore d'expériences sur le long terme.
Après une phase assez longue d'essai et de mise en place du traitement, il devra être décidé – si possible en accord avec les personnes concernées et le patient lui-même – si le fait de porter les lunettes ACCOS est pertinent ou non. Idéalement l'enfant devrait pouvoir se sentir semblable à ses camarades.
Suivant la situation, des moyens thérapeutiques supplémentaires doivent être envisagés ou poursuivis lors d'une phase ultérieure (traitement appelé multimodal). Toutefois, très souvent lors d'une correction réussie grâce aux lunettes ACCOS, toute autre mesure devient superflue. Le cercle vicieux qui a sévit jusqu'alors est rompu avec succès.
Dr. M. Ryffel, Kinder- und Jungendarzt FMH, Kirchstrasse 9, 3053 Münchenbuchsee (Tel 031 869 2226 - Fax 031 869 2694 - email : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. - www.medguide.ch/ryffel/
Autres informations dans le chapitre: "Wann und warum helfen Medikamente?",
Dans le livre: "Unruhige, unkonzentrierte und auffällige Kinder im Alltag, POS, ADS und HKS", de C. Thierstein, Paul Haupt Verlag, 1998
Les lunettes ACCOS en version originale allemande "Die AKOS Brille"
( sur Internet: http://www.psychologie-online.ch/add.htm)


