Un Jeu de l'oie : voilà ce que j'ai l'impression de vivre depuis une dizaine d'années !

Notre fils a 13 ans. Il est l'aîné de 3 enfants. Dès son entrée au jardin d'enfants, à l'âge de 3 ans, des difficultés nous ont été signalées. C'est à partir de là qu'a commencé ce parcours du combattant que nous vivons encore aujourd'hui…

Notre fils fréquentait une garderie dès l'âge de six mois, sans problème particulier. A 3 ans, le jardin d'enfants a été une expérience plus difficile pour lui. Il s'est ensuite réjoui à l'idée d'aller à la " vraie école ", mais en quelques semaines, il a compris que ce n'était pas ce qu'il attendait. Depuis, il " subit " l'école, avec des périodes plus ou moins faciles.

Il a été diagnostiqué enfant souffrant d'un trouble d'hyperactivité avec déficit d'attention à l'âge de 8 ans. Puis, après bien des hésitations, nous avons accepté de lui faire suivre un traitement médicamenteux au méthylphénidate.Son parcours scolaire a été très chaotique, très changeant aussi, passant du système scolaire public au privé à une école spécialisée, mais rien ne semble vraiment adapté à ses besoins. Il faut savoir que notre garçon est également intellectuellement précoce.

En 5P, début d'intégration dans une école du quartier, avec une enseignante expérimentée et très ouverte au dialogue. En 6P, aménagement de deux journées par semaine dans la même école. Les deux autres journées se passent toujours en classe spécialisée.

Entrée au Cycle d'Orientation à 13 ans, dans une classe à effectif réduit et avec suivi des enseignants, des autres élèves et de nous, parents par le SMP (Service Médico Pédagogique). Le début est prometteur, mais cela se gâte avec le temps. Dans toutes les classes dans lesquelles il est passé, les mêmes difficultés sont apparues. Principalement par rapport à sa place dans le groupe. Ces difficultés ressortent plus ou moins selon les classes et les enseignants. Elles varient aussi selon les périodes de l'année et les évènements.

 

il bouge beaucoup, se tient mal ; il ne suit pas les consignes, ou seulement partiellement ; il parle et interrompt beaucoup ; il est passionné par certains sujets, ou, au contraire, désintéressé et totalement absent (perdu dans ses pensées) ; il est malhabile (dessin, découpage, travail de précision) ; son écriture est déplorable, souvent quasi illisible ; il est impulsif (réagit au quart de tour, sans réfléchir aux conséquences de ses actes ou de ses paroles) ; il n'est pas persévérant et abandonne facilement s'il pense ne pas réussir ; il a le sens de la répartie et de l'humour (mais pas toujours au bon moment !) ; il peut être provocateur, même méprisant dans ses propos (sans réaliser ce qu'il fait !).

 

L'attitude de l'école est ambiguë. La différence est ressentie comme gênante. Tout tend à faire entrer les enfants dans un moule : ils ne doivent pas dépasser ni d'un côté, ni de l'autre ! Le discours que nous entendons le plus est :

  • Nous ne pouvons pas faire de différence entre les élèves
  • Il doit s'adapter et suivre les règles, sinon ce n'est pas possible !
  • Il doit être et faire comme les autres.

Or, si vous avez côtoyé des enfants avec ce problème, vous avez pu constater qu'ils ne peuvent pas être et faire comme les autres. L'apprentissage de la vie en société, pour eux est beaucoup plus long que pour les autres enfants.

Il faut beaucoup plus d'énergie et de persévérance aux adultes qui l'accompagnent dans ses apprentissages (qu'ils soient sociaux ou scolaires). Parallèlement, ce sont des enfants qui ont souvent de grandes capacités intellectuelles et créatrices et qui étonnent par ce qu'ils savent et ont acquis. Nous avons souvent entendu les commentaires suivants :

  • Il a une grande richesse
  • Il apporte beaucoup
  • Son imagination est débordante
  • Il a une grande sensibilité, il perçoit beaucoup de choses

C'est donc d'autant plus difficile d'admettre les hauts et les bas des résultats de ces enfants, les avances et les reculs dans leurs apprentissages.

  

Quelques propositions avec notre regard de parents

Ces enfants sont différents, demandent plus de temps et beaucoup, beaucoup de patience et de cohérence éducative !

C'est pour cela que depuis longtemps, nous avons demandé à ce que notre fils puisse bénéficier d'une classe à effectif réduit (dans la structure ordinaire), afin que l'enseignant ait plus de disponibilité… Malheureusement, mis à part le temps en division spécialisée, notre fils n'a pu bénéficier de l'effectif réduit qu'à l'entrée au Cycle d'Orientation (cela avait commencé par être refusé !).

Il serait peut-être aussi plus facile de gérer ces enfants en étant plusieurs adultes…

Pourquoi ne pas envisager des éducateurs formés pour seconder les enseignants (primaires et secondaires) en intervenant de temps en temps auprès de l'élève (par exemple en reprenant avec l'enfant une difficulté dans le fonctionnement du groupe : prendre le temps de parler avec lui et de lui répéter les consignes. Vérifier avec lui qu'il a bien noté ce qu'il devrait faire et s'il a bien fini son travail.

On nous a déjà répliqué maintes fois que l'enfant doit se responsabiliser, que de l'assister ne va pas régler le problème etc… Personnellement, j'ai constaté que si on le " coach " pour une activité, d'une manière soutenue au départ, il va de lui-même, petit à petit, avec de l'encouragement, se prendre en charge.

 

Un petit mot sur le médicament

Nous avons beaucoup hésité avant d'accepter de donner un médicament à notre fils. Les avis sont très divers.

Beaucoup de fausses informations circulent… en particulier celles qui tendent à culpabiliser les parents en les accusant de "droguer " leurs enfants.

Mais nous avons accepté cela quand nous avons constaté que la vie devenait insupportable pour la famille et surtout pour l'enfant lui-même qui n'est adéquat dans aucune situation. Le résultat a été très net pour la capacité de travail scolaire. Mais cela ne résout pas tout ! Pour nous, c'est une aide importante qui permet une meilleure qualité de vie dans une situation qui devient trop chaotique. Cela permet aussi à notre fils d'avoir des moments où il peut fonctionner mieux, aller plus loin dans ce qu'il entreprend. Cette médicalisation est très utile pour aider à l'intégration de l'enfant dans le milieu scolaire, même si cela ne suffit pas comme seul moyen !

Ce qui a été difficile pour nous :

  • des enseignants et une inspectrice qui n'ont pas pu ou pas su accepter notre fils et avaient une réaction de rejet ;
  • la rigidité du " système " qui a fait que, malgré beaucoup de bonne volonté, nous nous retrouvons régulièrement à reculer de quelques cases dans ce Jeu de l'oie car l'avance est quasi impossible ;
  • et même au niveau le plus haut de cette institution qui est le DIP (Département de l'Instruction Publique), nous n'avons pas eu de soutien. Nous avions écrit afin de demander de l'aide et nous avons reçu une réponse froide, sèche, sans le moindre signe de compassion face à cette situation qui devient toujours plus douloureuse.

 

En conclusion :

Nous avons l'impression d'être toujours face à un mur infranchissable : nous n'arrivons pas à dépasser un stade qui permettrait à notre fils de pouvoir avancer vers l'acceptation, qui pourrait l'aider à arriver au but…

Le système scolaire dans lequel nous nous trouvons ne sait pas quoi faire d'enfants qui dérangent. Et pourtant, nous avons rencontré de nombreuses personnes qui désirent aider ces enfants. Face au système scolaire et à la société dans laquelle nous vivons, notre fils est un handicapé… qui a pourtant un grand potentiel ! Sa différence semble être impossible à gérer.

Mais je ne voudrais pas terminer ce récit sur une note trop négative.

Nous espérons que peu à peu, des solutions seront trouvées et que ces enfants seront reconnus avec leurs qualités et leurs richesses et ne détonneront pas seulement par les difficultés.

MERCI à tous ceux qui se sont impliqués, nous ont compris et aidés.

Sylvie B, maman d'un garçon TDA/H