Vif et parfois même carrément insupportable pour les autres. C’est le regard qui a longtemps pesé sur Nicholas, diagnostiqué hyperactif à l’âge de 7 ans. Les premiers signes de sa différence sont apparus très tôt. C’était un bébé très difficile, il pleurait beaucoup, dormait peu et avait besoin d’être souvent porté. Très vite, il a rampé,

puis marché et grimpé partout ». Aussi, en grandissant il ne tenait pas en place. A l’époque, comme Nicholas était mon premier enfant, je ne me doutais pas que son comportement agité pouvait relever d’un problème de comportement même si intérieurement je sentais qu’il était un enfant différent.

Ce sont les problèmes de sommeil persistants qui ont conduit mon mari et moi-même à consulter. A un an et demi, Nicholas ne faisait toujours pas ses nuits, à croire qu’il ne faisait pas la différence entre le jour et la nuit. Il se levait, se promenait dans la maison et se mettait à jouer.  Nicholas a effectué un séjour à l’hôpital pour me permettre de me reposer et pour qu’on puisse observer son sommeil. Le pédiatre m’a conseillé d’être plus ferme pour inciter Nicholas à rester dans son lit et à dormir. Peu à peu, les choses sont rentrées dans l’ordre en ce qui concernait le sommeil, mais ma fatigue était toujours importante et la vitalité de notre petit garçon débordante : Il ne pouvait pas jouer longtemps avec le même jeu, il était très brusque, touchait à tout, détruisait tout, n’écoutait rien de ce que je lui disais. Moi, j’étais à fleur de peau.

Naturellement, les premiers pas à l’école enfantine ont été difficiles pour tout le monde : Les maîtresses me disaient qu’il était très dispersé, incapable de rester assis, qu’il mettait de la peinture sur les murs, qu’il se battait avec les autres. Des mamans m’abordaient pour me dire qu’il avait détruit le bricolage de leur enfant, qu’il les tapait. On me donnait sans arrêt le sentiment d’être une mauvaise mère et, à force, je n’osais plus aller le chercher à l’école. Pour ne pas être exposée à ces critiques, je l’attendais un peu à l’écart à la sortie des classes.  Cette incapacité à se concentrer et cette propension à semer la pagaille n’a pas été sans conséquences. A la fin de l’école enfantine, Nicholas ne savait pas l’alphabet. Son papa et moi-même avons commencé à vraiment nous inquiéter. Les maîtresses étaient contentes de le voir partir, et moi je me suis débrouillée pour lui faire rattraper son retard pendant les vacances d’été. Mais les problèmes ont continué en primaire. Des heures d’appui lui ont été offertes mais ces heures étaient pour lui une torture. Il ne pouvait pas rester sur sa chaise. Il avait des crises de colères, il se tapait la tête contre sa table, il a même cassé une porte vitrée tant il était turbulent ! On ne comprenait pas ce qu’il se passait en lui.

En plus des difficultés scolaires, Nicholas avait peu d’amis. J’ai appris plus tard que mon fils subissait des moqueries de ses camarades, ce qui expliquait pourquoi il se battait beaucoup. Mon mari et moi-même avons dû faire appel à une psychologue scolaire, qui n’a rien décelé d’anormal autre « qu’une mauvaise éducation ». En colère, nous avons demandé à voir son supérieur. Ce dernier venait de mettre au point un questionnaire de dépistage de l’hyperactivité et nous a demandé d’y répondre. Après deux séances avec ce pédopsychiatre, le diagnostic de troubles de déficit d’attention et d’hyperactivité a été posé. La pose du diagnostic a été un soulagement ! Enfin nous allons pouvoir mettre en place une prise en charge adéquate pour notre fils. Le pédopsychiatre a pu trouver une place pour Nicolas en classe d’intégration pour la deuxième année primaire.

Pendant ce temps, notre vie sociale et familiale en a également pâti. On n’osait aller nulle part. Nos amis et même notre famille le trouvaient insupportable. On ne pouvait pas le faire garder, il était impensable d’aller au restaurant et le quotidien était une véritable épreuve. Au supermarché, il démontait tout !  Nicholas était rejeté de tous les côtés, aussi bien à l’école que par ses amis et par sa famille. Aujourd’hui encore, il a très peu de contact avec une grande partie de la famille quand bien même il a beaucoup évolué. 

 A l’école, malgré les mesures, le retard continuait à s’accroître. Grâce au soutien de son pédopsychiatre, Nicholas a bénéficié d’une prise en charge dans une école spécialisée de la 3e à la 6e primaire. Nous avions peur de le couper encore plus de ses copains du quartier, déjà qu’il en avait peu, mais nous n’avions plus le choix. Pendant un an, les éducateurs ont travaillé à son intégration, ont tout fait pour le rassurer et lui redonner confiance dans l’apprentissage. Il pleurait beaucoup, il continuait à avoir des crises et à se rouler parterre. En plus, il s’est avéré qu’il était dyslexique. Des séances de logopédie ont été organisées. Il a fait sa 4e année en deux ans. Je me sentais terriblement impuissante et je souffrais de le voir souffrir. En contre- partie, je le laissais tout faire à la maison et je le gâtais. C’était devenu un enfant roi !

Pour compléter la prise en charge et après de longues hésitations de notre part, le médecin a prescrit de la Ritaline à Nicholas, le fameux remède contre l’hyperactivité. Vu les effets secondaires du médicament et la polémique faite par les médias, j’étais très inquiète et j’ai beaucoup culpabilisé. Mais étant donné son important retard scolaire, nous avons pris la décision de lui donner cette médication . Il l’a bien accepté et, force est de constater que ça l’a beaucoup aidé, il était beaucoup plus calme physiquement, plus détendu et plus concentré.

Dans le même temps, nous avons eu connaissance de l’existence de l’Aspedah. Nous avons participé aux réunions de parents qui nous ont permis de nous sentir moins isolés. En allant à leurs conférences, nous avons également mieux compris sa maladie. Puis finalement, une éducation « spéciale » Child Coaching a été mise en place et a porté ses fruits. Aujourd’hui, Nicholas va avoir 17 ans et la Ritaline a été arrêtée il y a déjà 5ans de cela. Nous nous sommes tournés vers d’autres prises en charge dites alternatives, plus longues dans l’attente des résultats mais plus en accord avec nous-mêmes.

Avec le temps, grâce à un encadrement adéquat, Nicholas a réussi à combler ses lacunes et a pu rejoindre une école privée pour achever sa scolarité. Nous avons choisi un établissement où la pédagogie est adaptée à chaque élève. Nous nous sommes sentis compris et soutenus par le corps enseignant. Il a fait beaucoup de progrès et a même réussi à suivre le programme niveau VSB ! Finalement il a réussi avec brio les tests d’aptitude d’apprentissage, et a facilement obtenu une place de mécatronicien sur automobile pour la rentrée, pour notre plus grande fierté.

Si son hyperactivité s’est bien posée, sur le plan émotionnel, Nicholas reste très sensible. Il manque de confiance en lui et peut encore se montrer impulsif. Par ailleurs, ses problèmes de déficit d’attention demeurent : Il oublie régulièrement ses affaires, n’a pas la notion du temps et de l’argent et a des difficultés à s’organiser. Mais avec l’aide d’un coach, Nicholas y travaille et vu son parcours, j’ai pleinement confiance en lui pour l’avenir !

 

SMF, Maman d’un ado de 17ans